
Je vous parle régulièrement de la CNV (Communication Nonviolente ou Communication authentique). Elle fait partie de ma vie depuis 2018, soit 7 ans qu’elle m’encourage chaque jour à me demander : « Christelle, qu’as-tu envie de vivre ? »
J’entends souvent la CNV réduite à une grammaire ou à une méthode OSBD (Observations, Sentiments, Besoins, Demande) et c’est bien dommage.
Pour moi la CNV est une posture, une intention, une façon de donner un SENS à sa vie, un peu à la manière de Sénèque :
« Nous donnons un SENS à notre vie et ce aux deux acceptations du terme : nous lui donnons à la fois une DIRECTION et une SIGNIFICATION » – extrait citation Sénèque
Pour cela, la CNV nous propose un outil : l’écoute de notre corps et de nos sensations, comme une boussole pour faire nos choix de vie.

extrait de la BD « Emotions, enquête et mode d’emploi » de Artmella
J’aime beaucoup cette phrase de Thomas d’Ansembourg (la personne qui vulgarise le mieux la CNV aujourd’hui selon moi) :
« Nous sommes là pour goûter un profond contentement de tout notre être dans notre relation à nous-mêmes, aux autres et à la vie. Pour goûter l’enchantement de nous sentir vivant dans un monde vivant » – Thomas d’Ansembourg
Une boussole que nous pouvons transmettre à nos enfants en montrant l’exemple et en exprimant ce que nous ressentons devant eux et en enrichissant leur vocabulaire par la lecture par exemple ou dans des ateliers dès 18 mois.
La CNV, c’est d’abord s’accueillir soi pour mieux accueillir l’autre et se relier ensemble à ce qui nous rend vivant.
M’accueillir vraiment avec l’auto empathie
La CNV me permet de clarifier ce qui se passe en moi, ce que je ressens.
Chaque matin, après m’être brossé les dents, je prends ce temps d’ancrage et de scan corporel. J’essaie de vraiment répondre à la question : comment je me sens aujourd’hui ?
C’est un cadeau que je m’offre chaque jour afin de savoir ce que je peux offrir au monde aujourd’hui, quelles sont mes capacités ? Quelle est ma disponibilité ?
Il s’agit d’explorer son corps, ses sensations, ses émotions.
Vous pouvez le faire seul ou avec une méditation guidée. Il en existe plusieurs.
Avec les enfants, j’utilise la méditation de la fourmi ou du papillon.
J’accueille mes ressentis sans chercher d’explication et je peux commencer ma journée en sachant que cet état peut évoluer en fonction de ce que je vais vivre mais avec la conscience de ce que je ressens ici et maintenant à l’intérieur de moi.
A partir de là, dès qu’un stimuli survient, je peux reprendre un temps, très court, pour ajuster mon état.
« Tiens je sens une réaction de mon corps dans cette situation, que se passe-t-il pour moi ? »
Je reste focus sur mes sensations.

extrait de la BD « Emotions, enquête et mode d’emploi » de Artmella
Dans un second temps, je pourrai faire le lien avec une émotion.
Rappelons le :
- une sensation agréable = une émotion agréable = je suis en train de vivre une situation qui me convient
- une sensation désagréable = une émotion désagréable = je ne vie pas ce que j’ai envie de vivre

Extrait BD « Emotions, enquête et mode d’emploi » de Artmella
Ainsi, je sais :
- si j’ai les moyens d’écouter l’autre en ayant conscience de mes sentiments et de mes besoins,
- si j’ai de la disponibilité pour m’exprimer de manière authentique à l’autre,
- si je n’ai pas les moyens de m’écouter et de clarifier ce que je ressens ici et maintenant,
- si j’ai besoin de soutien ou de temps parce que je risque d’être en réaction,
- si je dois différer cette conversation.
Je peux ensuite exprimer à l’autre si je suis disponible ou non en toute authenticité et en ayant la confiance que l’autre acceptera ce cadeau.
« A partir de maintenant, je choisis de révéler ouvertement ce qui est vivant en moi, quand bien même les autres pourraient ne pas apprécier mon cadeau. » – Marshall B. Rosenberg
Accueillir l’autre avec l’écoute empathique
La CNV, dans ma posture, peut déjà me donner la curiosité d’imaginer ce qu’il se passe pour l’autre, d’aller sur sa colline.

Illustration apprentie girafe
Si je ressens que l’autre est plus stimulé que moi dans une situation, je peux me mettre à son écoute pour essayer de comprendre ce qu’il vit, sa réalité.
Il ne s’agit pas de faire preuve de sympathie ou de compassion.
Il s’agit d’identifier ses émotions et ce qu’il a envie de vivre lui aussi dans cette situation sans présupposé ou préjugé.
Cette écoute empathique permet de clarifier la situation et que chacun reprenne la responsabilité de ses émotions.

Liste des besoins extraite de la BD « émotions, enquête et mode d’emploi » de Artmella
Cette écoute empathique, pratiquée régulièrement avec les enfants et les jeunes, développent leurs compétences psychosociales.
M’exprimer de manière authentique avec l’intention de la CNV
Si l’autre est disponible pour l’entendre, la CNV me permet d’exprimer ma vérité.
Et rappelons-le : la vérité ce sont les faits.
Je vais pouvoir lui faire part :
- des faits (ce que j’ai vu et entendu),
- de ce que j’ai ressenti,
- et de ce que j’ai envie de vivre dans cette situation en ayant toujours à l’esprit que lui n’a pas forcément envie de vivre la même chose que moi à cet instant.
Trouver la troisième voie
La CNV me permet de développer ma créativité pour trouver des solutions qui correspondent aux besoins de chacun.
Thomas d’Ansembourg nous dit que la CNV est une culture de la paix qui se nourrit des moments joyeux.
Il nous dit aussi qu’elle permet le souffle lors d’un désaccord afin de laisser un temps après l’écoute pour trouver une troisième voie vers le NOUS et de ne pas oublier que le désaccord n’est pas un problème à résoudre mais un humain à rejoindre.
Cette vision du désaccord nous encourage à faire preuve d’une grande créativité et à nous entraîner à chaque tension. C’est une compétence extraordinaire.
J’aime aussi cette astuce de remplacer le « MAIS » par le « ET » ou « EN MEME TEMPS ».
Une manière facile de changer de regard sur un désaccord, à la condition d’être conscient des besoins de chacun.

extrait de la BD « Emotions, enquête et mode d’emploi » de Artmella
La CNV me permet chaque jour :
- de me demander ce que j’ai envie de vivre et de mettre en place des actions pour y parvenir (le plus petit pas possible),
- de sortir du rapport dominant/dominé en considérant tous les besoins de la même manière,
- de coopérer dans le respect des besoins de chacun, co-créer des solutions,
- et le plus difficile, de pacifier mes relations en me répétant sans cesse que toutes les actions (aussi maladroites soient elles) correspondent à des tentatives pour répondre à des besoins.
Nous pouvons comparer ce travail de développement personnel à la culture d’un jardin qu’il faut entretenir, non sans effort, pour ouvrir de nouveaux chemins (neuronaux).
Pour cette tâche, je me forme très régulièrement avec l’association Déclic CNV et Education, je fais partie d’un groupe de pratique à Aix les Bains, animé par Anne Delabre, formatrice certifiée et chaque semaine je reçois de l’écoute empathique de la part de mon binôme d’empathie, également formée en CNV.
Ces deux conditions : la formation et la pratique me paraissent essentielles.
Etre alignée dans ma posture d’animatrice, de formatrice et de prof (posture CNV)
La CNV me permet d’être alignée dans ma posture professionnelle en tant qu’animatrice, formatrice ou prof.
Je choisis de communiquer de manière authentique, chaque élève ou participant voit ce qui est vivant en moi.
Je choisis de valoriser, de parler en positif plutôt qu’en négatif. Il s’agit d’une gymnastique de l’esprit pour lui apprendre à faire focus sur le positif.
Je choisis de considérer les enfants et les jeunes (et tout autre participant) comme des êtres de droit dont les besoins sont aussi importants que les miens.
Je choisis toujours d’encourager l’autonomie, la responsabilisation.
Je choisis d’analyser ma pratique avec des pairs et je peux faire appel à une supervision.
En pratique, ces engagements se traduisent par exemple :
- par l’accueil systématique des émotions des participants en cours, en formation ou en atelier
- par l’élaboration d’accord de groupes en listant les besoins de tous
- par l’adaptation des contenus de mes ateliers ou de mes cours en fonction des besoins des enfants et des jeunes
- par des travaux en autonomie et en groupe le plus souvent possible
- par des appréciations positives sur les bulletins et des attendus
- par des encouragements
- …
Enfin, je garde toujours en tête les 3 clés de la coopération : la chaleur du lien, la clarté du sens et le respect pour que les enfants et les jeunes et tout autre être humain se sentent en sécurité, conscients et responsables.
J’espère, par ma posture, porter la CNV le mieux possible dans mon environnement proche et moins proche et la faire rayonner.
« Il faut donc prendre conscience des moyens et du pouvoir dont chacun de nous dispose, bien au-delà de ce que nous croyons savoir de nous, pour ré-enchanter le monde et les relations. En développant une intériorité assez forte, chacun et chacune peut apprendre à mettre le meilleur de soi au service de tous. » – Thomas d’Ansembourg
Enfin, la CNV n’est pas magique, elle est systémique et contribue à un développement social durable.
Elle a transformé ma vie familiale, personnelle et professionnelle. Elle m’est indispensable. Elle m’a permis de mieux me connaître et mieux me comprendre et me permet de nourrir le rêve chaque jour de sortir des rapports dominant/dominé.